L’avis d’une psychomotricienne sur l’HNI – podcast

L'avis d'une psychomotricienne sur l'HNI

Vous vouliez l’interview d’un professionnel sur l’HNI? Voilà l’avis d’une psychomotricienne sur l’HNI!

La tant attendue interview de Rokiyah Hosen, psychomotricienne et auteure du blog Miss Psychomot est enfin disponible!

Cliquez sur « Play » pour l’écouter ou cliquez ici pour le télécharger directement et pour l’écouter sur votre smartphone 🙂

Vous pouvez également la lire ci-dessous :

Natacha Guillaume:Bonjour à tous c’est Natacha d’Heureux Sans Couches.

Comme je vous l’avais promis aujourd’hui je vais interviewer une psychomotricienne :

Rokiyah Hosen, l’auteure du blog Miss Psychomot, qui a donc gentiment accepté de

répondre aujourd’hui à mes petites questions. Bonjour Rokiyah!

– Rokiyah Hosen:Bonjour Natacha et bonjour à toutes!

Natacha Guillaume:Tout d’abord, je voulais que tu te présentes et que tu nous expliques en quoi consiste le métier de psychomotricienne, s’il te plait.

– Rokiyah Hosen:Avant toute chose, je suis maman

J’ai deux enfants, dont un petit garçon avec lequel je pratique l’HNI depuis qu’il a 3 mois et demi.

Et à côté de ça, je suis psychomotricienne en libéral et également en maison de retraite. Actuellement, je suis plutôt en congé parental.

Ce métier consiste à accompagner la personne dans sa globalité. Concernant les enfants, j’accompagne leur développement psychomoteur avec toutes ses étapes, et le rythme du développement normal. Mais c’est vrai que dans mon métier, j’interviens plus dans l’aspect réeducatif. Ça veut dire que quand il y a des difficultés au niveau du développement, dans ce cas-là, moi, j’interviens.

Et sinon, pour la personne âgée, j’interviens quand la personne perd ses repères. Le métier de psychomotricien c’est un métier de rééducation, mais c’est aussi beaucoup de prévention. C’est plutôt à ce titre-là que j’interviens, d’ailleurs. Je me dédie plus à la prévention.

Natacha Guillaume:Alors moi je voulais savoir comment as-tu connu l’hygiène naturelle et qu’est-ce qui t’a motivée à la pratiquer?

– Rokiyah Hosen:J’ai connu l’HNI grâce à un podcast d’une psychologue que j’aime bien suivre. J’étais à ce moment-là enceinte de mon 2e enfant. Quand j’ai découvert cette pratique, ça m’a semblé évident. C’était comme une révélation !

Natacha Guillaume:Super! (Rires). Je voulais savoir si lors de tes études de psychomotricienne l’acquisition de la continence a-t-elle été abordée?

Qu’a tu pensé de ce qu’on t’a appris? Et si l’HNI elle aussi est abordée? Et si le concept d’hygiène naturelle est respecté? Je pense que tu étais déjà psychomotricienne quand tu as eu tes enfants. Donc, a priori, tu n’en as pas entendu parler pendant tes

études.

– Rokiyah Hosen: Exactement​ ! A aucun moment l’HNI n’a été évoquée. Par contre l’acquisition de la continence, elle, a été évoquée, comme un repère sur le développement psychomoteur de l’enfant.

Vers 2 ans, un enfant sait monter les marches d’un escalier, et donc est capable d’acquérir la continence. D’ailleurs, à cette époque-là, c’est ce que je conseillais aux parents qui se posaient des questions sur les étapes de l’acquisition de la propreté, c’est exactement ce que je disais.

Natacha Guillaume:Bien-sûr ! Je comprends. C’est ce que je pensais aussi avant de pratiquer l’hygiène naturelle. Tout cela part du principe que l’enfant naît incontinent en fait? Ce

que l’hygiène naturelle ne cesse de nous montrer c’est que c’est tout le contraire en fait: l’enfant est tout à fait capable de savoir quand il veut faire ses besoins puisqu’il communique là-dessus. Donc cela part déjà d’une idée qui est fausse.

– Rokiyah Hosen:C’est ça… Comme l’HNI n’a pas du tout été évoquée lors de mes études de psychomotricité, et elle n’a pas non plus été évoquée des années avant, lorsque j’ai fait mes études de psychologie, je ne peux pas dire que c’est une pratique déconseillée par le corps médical.

Un des mes projets professionnels est d’intervenir dans des classes de futurs psychomotriciens et de présenter l’HNI !

Natacha Guillaume:Super !!

Donc, elle est juste ignorée cette pratique en fait?

– Rokiyah Hosen:C’est ça… Au même titre que certains psychomotriciens vont intervenir pour présenter une pratique, moi j’aimerai intervenir pour présenter l’HNI. Il me paraît important de dire que c’est possible, que ça existe, qu’il est important d’accueillir avec respect des parents qui viendront consulter et qui parleraient de cette pratique-là.

C’est souvent par ignorance qu’on réagit mal.

Natacha Guillaume:Tout-à-fait !

Pour toi, quel est le principal avantage à pratiquer l’HNI pour le développement moteur du bébé?

– Rokiyah Hosen:​ ​ Heureusement que tu as précisé le développement « moteur », hein ! (Rires) Sinon, j’aurai pu me pencher sur tellement d’autres aspects ! L’être humain est constitué de muscles dont il n’a, parfois, même pas conscience !

– Natacha Guillaume : Certes !

– Rokiyah Hosen : Il les utilise sans le savoir. C’est pour ça d’ailleurs qu’on intervient en rééducation de manière générale. Parfois, on utilise le corps, et il y a eu un petit bug, une petite faille, et on ne sait plus le réutiliser. C’est pour ça que c’est important de se rappeler qu’on est constitué de muscles et que l’être humain recherche à être autonome.

Il a besoin, pour ça d’être bien dans son corps et d’être confortable.

Je pense que l’HNI favorise cet équilibre global de la personne. C’est-à-dire qu’elle connaît son corps, qu’elle sait l’utiliser, qu’elle puisse répondre elle-même correctement à ses besoins.

– Natacha Guillaume : D’accord.

– Rokiyah Hosen : C’est pour ça d’ailleurs que je voulais dire que le corps humain est constitué de muscles. Les sphincters, ce sont des muscles dont on n’a pas toujours conscience, on est bien d’accord ?

Natacha Guillaume : Oui !

– Rokiyah Hosen : Ce sont des muscles qui sont toujours contractés et qu’on a besoin de devoir contrôler.

Et on ne peut les contrôler qu’en les relâchant.

C’est un aspect moteur qui est très très important puisque on ne peut pas relâcher ses sphincters si déjà soi-même on ne sait pas relâcher son propre corps !

Le fait de se détendre complètement. Ça peut créer des dysynchronies d’ailleurs, entre la personne qui voudrait simplement déféquer, par exemple, en poussant, alors qu’elle devrait plutôt se relâcher ! Du coup, elle va fermer l’ouverture !

C’est pour ça que j’insiste sur le fait qu’on est constitués de muscles et c’est très important de savoir comment ils fonctionnent.

Pour connaître son corps et qu’on puisse répondre correctement à ses besoins, c’est important de savoir comment il fonctionne.

Natacha Guillaume:Oui. Finalement toi dans ton métier tu peux aider les gens à avoir une pleine conscience de leurs corps et finalement à beaucoup mieux se servir de leur corps. Comme tu disais, des fois quand on fait caca on a tendance à pousser.

Dans l’inconscient collectif, quand on fait caca, on doit pousser.

Alors que c’est totalement faux et c’est tout le contraire qu’il faudrait faire. Donc finalement, si on a plus conscience de ces muscles sphinctériens, on va s’en servir mieux et donc avoir une meilleure conscience de son corps et on va être en meilleure

santé. C’est ça que tu veux dire?

– Rokiyah Hosen : On peut très bien avoir connaissance de son corps, on peut très bien avoir conscience de ses muscles-là, et même dans des situations où on croirait que ce n’est pas possible, comme en situation de handicap.

Pour l’anecdote, je ne connaissais pas encore l’HNI, et pourtant j’accompagnais un enfant qui était atteint de troubles du spectre autistique. Il avait 5 ans, et continuait toujours à porter des couches. Ça m’a beaucoup interrogée !

Toutes les séances jusque-là consistaient à l’amener vers l’autonomie dans la marche et dans la communication. Donc avec une orthophoniste et également avec un kiné. Et l’aspect de mon travail consistait à ce qu’il connaisse vraiment son corps pour l’utiliser de manière aisée.

Mais c’est vrai que j’avais pas spécialement de connaissances sur l’HNI, voire pas du tout ! Mais ça m’intriguait le fait qu’il puisse encore porter une couche, comme si c’était un aspect qui n’était pas important !

On vise le reste, en rééducation, mais pas ça ! Et pourtant, ça reste une charge, aussi, pour la maman qui l’accompagnait, qui devait toujours avoir des changes.

Et grâce à mon travail de psychomotricienne, l’enfant a commencé à découvrir son corps. Avec nos jeux, nos échanges, il a découvert son dos, et c’était déjà énorme, sinon, il se cognait contre les murs !

Tu vois un peu le profil ?

– Natacha Guillaume : Je me rends pas compte, en fait !

– Rokiyah Hosen : Et ensuite, il a découvert le bas de son corps. Sans pour autant que je stimule cette partie de son corps, je précise. Mais il commençait à découvrir, parce qu’il commençait un peu à apprendre à se relâcher, à se détendre, à faire de la relaxation.

Quand sa mère me disait qu’il commençait à être curieux de cette partie-là de son corps, je me disais qu’on avançait.

Le but c’était pas qu’il devienne propre, ou continent.

Le but c’était qu’il apprenne à découvrir son corps. Et c’est pour ça que je me suis dit que c’est possible, en fait.

Si on peut aider un enfant qui ne connaissait pas du tout son corps, qui était mal à l’aise avec par les techniques de relaxation, les techniques de relâchement. Qu’il puisse ensuite commencer à appréhender de faire ses besoins en dehors de sa couche sans qu’il en ait peur, sans que ça l’intrigue trop, pour moi c’était gagné déjà !

Malheureusement, je suis partie ensuite en congé de maternité, et j’ai pas pu continuer le suivi ! Mais c’était un bon début ! C’est comme ça que je me suis dit que la psychomotricité elle avait sa place, et justement dans cet aspect-là, dans l’apprentissage de la propreté.

En dehors de la rééducation, c’est-à-dire que je parle de la phase où il n’y a pas de troubles, c’est juste que cet enfant n’avait jamais eu l’occasion de connaître son corps! Tu vois la différence ?

– Natacha Guillaume : Tout-à-fait !!

– Rokiyah Hosen : Un trouble c’est par exemple quand un enfant était sensé être propre mais qui souffre d’énurésie (pipi au lit). Là on parle de troubles !

C’est pour ça que c’est important de travailler en amont, et ça on peut le faire même avec un tout-petit, avant même qu’il puisse rencontrer des difficultés.

Natacha Guillaume:Pourquoi les bébés, vers 9-10 mois environ, sont si absorbés par leur motricité puis surtout par l’acquisition de la marche on va dire, et surtout pourquoi à ce moment-là ils en oublient presque totalement leur élimination?

– Rokiyah Hosen : C’est une étape cruciale, quand même, les premiers déplacements! L’enfant découvre des capacités qu’il ne soupçonnait même pas. Désormais, il peut atteindre des objectifs.

Il voit un jouet, il peut le prendre, grâce à la mobilité. Et avec ça, il peut créer une intention, et il peut essayer de l’atteindre de lui-même. Et à côté de ça, il découvre qu’il a peut-être pas besoin de l’adulte ! Il est autonome.

Et en même temps, il réalise qu’il n’est pas qu’un avec sa mère, qu’il est un être à part entière, avec une vie propre ! Toutes ces découvertes occupent énormément son attention, si bien qu’il peut oublier son besoin ! J’aime le préciser parce que parfois, on en oublie presque qu’un enfant, un bébé, n’a besoin de personne pour éliminer ! S’il le veut, il fait sur lui et il passe à autre chose, donc s’il s’est fixé un objectif «  Je veux me déplacer pour atteindre ce jouet, je veux aller à tel endroit », il va pas se dire « et après je vais faire pipi ! ». Son attention est déjà tellement focalisée. Il est dans l’instant présent, il ne va pas se dire « après », il ne connaît pas ce concept. D’où les angoisses qu’il peut vivre à ce moment-là. Quand on lui dit « je vais revenir après », il ne comprend pas. Dans le présent, pour lui « maman n’est pas là » (Rires).

Natacha Guillaume:Oui, oui quand ils nous voient partir ils pleurent. Cela veut dire qu’ils ne nous reverront jamais.

– Rokiyah Hosen : C’est une étape très importante dans son développement. Elle regroupe plein d’aspects : psychologique, affectif, moteur, tout plein de choses. Alors, s’il peut faire pipi, il fait pipi, hein… (rires), simplement et après il passe à autre chose !

Natacha Guillaume:En motricité libre on apprend à ne pas entraver le bébé en le mettant dans un transat, un trotteur ou un siège sauteur.

Moi je me demandais si l’épaisseur d’une couche, même si elle est jetable et du coup très fine, est ce que ça entrave réellement la motricité du bébé?

– Rokiyah Hosen : Je pense qu’en terme de mouvements qu’elle n’entrave pas tant que ça la motricité. Par contre, en terme de sensations, elle isole la zone génitale du reste de son corps.

Déjà, elle n’est pas visible. Elle n’est pas palpable. Elle manque de contact avec l’extérieur puisqu’elle est plaquée contre un tissu, que cette couche soit jetable ou pas. C’est comme si on mettait des gants et des chaussures H24. Au bout d’une moment, on va savoir utiliser nos mains et nos pieds, parce que le corps s’adapte, il s’accommode très vite mais au risque d’être coupé de sensations qui sont quand même importantes.

C’est plus dans ce sens-là ! C’est pour ça qu’on voit que certains enfants se touchent au moment du change. Ils découvrent ce que c’est, leur zone génitale est à l’air libre, c’est naturel donc il y a une curiosité dessus.

Natacha Guillaume:Je vais continuer avec une question de Élodie qui demandait

Quels sont les effets sur le moyen et long terme de cette pratique?” à savoir la pratique de l’hygiène naturelle, mise à part la propreté bien sûr.

– Rokiyah Hosen : Est-ce que tu sais qu’en moyenne il faudrait aller aux toilettes environ 7 fois par jour ?

– Natacha Guillaume : 7 fois ?

– Rokiyah Hosen : Oui ! Ce chiffre paraît hallucinant ! Parce qu’en fait on fait un peu n’importe quoi ! Et si on fait n’importe quoi, c’est parce qu’on a été élevés sans cette connexion avec son corps.

Je pense qu’un enfant HNI connaît mieux son corps, et sa capacité de continence, ça veut dire sa capacité de quantité d’urines dans son corps par rapport à un enfant qui n’a pas connu l’HNI.

Ça en revient au fait qu’un enfant sait se relâcher. Il se relâche sur sa commande à lui ! Il a appris que c’est le relâchement qui va permettre l’évacuation de ses selles et de ses urines. Avec ça les muscles vont se développer naturellement. Parce qu’un muscle, il se contracte et il se relâche. Plus le muscle va se tonifier, plus il va pouvoir contenir aussi !

L’enfant HNI va pouvoir identifier les 3 degrés d’appel de son besoin :

  • le premier, il va le sentir et se demander s’il doit s’arrêter de jouer et y aller, ou s’il peut continuer encore…
  • le deuxième, c’est le moment ! Il a tout mis en place, à sa manière (communication HNI avec le parent). Ce qu’on va se dire, c’est que c’est le moment d’aller aux toilettes !
  • le troisième : c’est trop tard ! Le cerveau et la vessie ne peuvent plus attendre, c’est le relâchement forcé. La personne fait pipi sur elle.

Un enfant HNI va pouvoir identifier ces 3 degrés d’appel.

On voit par de nombreux témoignages qu’un enfant HNI se retient de plus en plus :

  • parce que sa vessie s’est agrandie, elle a pris plus de capacité de continence d’urines
  • l’enfant se connaît mieux, il connaît son point de non-retour !

Pour l’enfant qui n’a pas fait l’HNI, peut-être que l’adulte va le solliciter au degré 1 d’appel.

L’enfant pensera qu’il n’a pas besoin de faire pipi… c’est « trop tôt ». Ces niveaux sont subtils, donc ces enfants vont souvent faire pipi au niveau 3, quand c’est « trop tard » ! (Donc dans l’urgence…)

Le niveau 3 c’est le seul qui est douloureux ! Normalement, quand on fait pipi au niveau 2, on est vraiment soulagé.

Et puis l’enfant HNI adopte une position qui est physiologique dès la début. Le parent l’aide en le portant dans des positions physiologiques.

Et s’il peut, il essaye de maintenir cette position pour continuer à faire pipi et caca. Alors qu’un enfant qui n’a pas connu l’HNI, il ne connaît pas ou a oublié cette position, il a la position classique, assis sur les WC. Il va donc se relâcher mais ne va pas se vider entièrement non plus.

Natacha Guillaume:Moi j’ai élevé mes enfants en hygiène naturelle et ma fille, même encore maintenant, on lui a pris un pot de voyage parce que quand on va chez quelqu’un d’autre et qu’elle a envie de faire caca, ou n’importe où d’ailleurs, il n’y a

jamais de pot (même chez le pédiatre y’a pas de pot). Cest bizarre quand même.

Qu’il n’y ait pas de pot chez ma copine qui n’a pas d’enfants, ok, mais qu’il n’y ait pas de pot chez le pédiatre, je trouve ça dommage. Mais s’il n’y a pas de pot, elle ne veut pas faire caca, elle ne peut pas faire caca aux toilettes. Elle commence un petit peu à le faire mais comme elle est petite évidemment les pieds ne touchent pas par terre et elle ne peut pas se mettre en position physiologique. Et elle n’a pas été habituée à se mettre accroupie sur les toilettes donc j’essaye de lui montrer un petit peu mais elle aime le faire dans le pot. Donc depuis que l’on a le pot de voyage tout va bien.

J’avais une question de Camille qui demande :

Est-ce-que avoir accès à ses ressentis lors des mictions et des selles voire de pouvoir les toucher a un impact?” Elle demande aussi “est-ce-que d’enlever entièrement les couches aussi?” Et elle me dit qu’à son enfant elle lui a mis des langes avec des culottes de protection mais est-ce-que c’est pareil que les couches lavables?

– Rokiyah Hosen : Ça fait écho à l’histoire que j’ai raconté tout à l’heure, avec le petit garçon autiste. Moi, je suis certaine qu’avoir accès à ses selles et ses urines a un impact.

Comme je disais, le fait qu’un enfant voit ce qu’il se passe dans son corps, et qu’il puisse faire un lien avec ce qu’il a ressenti, qu’il touche, bien-sûr que ça va avoir un impact. Pour lui ça aura du sens.

C’est comme dire à un enfant « tu as fait pipi dans une couche », elle est totalement sèche, il va se dire «  je suis peut-être pas très sûr de ce qu’on me raconte, j’ai senti un petit truc inconfortable au niveau du bas ventre, mais je sais pas trop de quoi elle me parle, maman ». Alors qu’en HNI, on peut faire le lien. Et la verbalisation, c’est un point essentiel dans l’HNI ! La verbalisation consiste également à décrire ce qu’il se passe. « ah, tu as fais pipi, ta couche est mouillée ».

Je peux également faire une hypothèse : les gens qui connaissent un peu le développement psychomoteur de l’enfant, le développement cognitif de l’enfant, qui ont pratiqué l’HNI, quand je les interroge, ils n’ont pas connu la période d’angoisse de morcellement chez leur enfant.

Natacha Guillaume : Tu peux nous en dire un peu plus sur ça ? L’angoisse de morcellement ?

– Rokiyah Hosen : Oui, quand l’enfant grandit, et quand il va faire pipi ou caca, il va avoir peur, parce qu’il aura l’impression qu’une partie de lui disparaît, s’en va. Et c’est pas faux, d’ailleurs ! Comme si on te disait qu’on va t’arracher une dent, ou un œil ! Tu veux pas ? (Rires) C’est pareil !

Ces enfants-là n’ont jamais vu leurs selles, n’ont jamais vu leurs urines… Cette angoisse elle peut être très très forte. Elle peut se poursuivre aussi, d’ailleurs, parce que l’enfant ne s’est pas senti unifié. Tous les enfants peuvent passer par cette étape, et ils peuvent la vivre après. Je dis pas le contraire. Si c’est bien accompagné, on peut expliquer à l’enfant « ça c’est ton caca, ça se jette, ça se garde pas », ça passe. Ce qui est intéressant, c’est de se dire plutôt que les enfants qui ont fait l’HNI n’ont pas connu cette période. Mon enfant ça le fait rire de voir qu’il fait caca !

Natacha Guillaume:Moi ma fille elle a eu un petit peu peur de faire caca à un moment donné mais bon c’est vrai qu’en tout début de vie elle a été très constipée et je pense que dès qu’elle a des dures ça peut lui faire un peu mal. Mais elle a aussi porté des couches jetables et j’ai fais l’hygiène naturelle à temps partiel et quand je pratiquais pas elle mettait des couches jetables donc ça a peut-être un rapport.

Natacha GuillaumeEt est-ce-que c’est ça la peur de perte de matière?

– Rokiyah Hosen:Oui. Je pense que c’est à ça que tu faisais allusion dans ton article sur la phobie des toilettes.

Natacha Guillaume:Moi c’est vrai que je l’ai bien l’expérimenté avec ma fille ça et puis… enfin bien, c’était pas de l’angoisse non plus mais elle avait peur de faire caca des fois. Elle avait un peu mal. On l’accompagnait et ça passait voilà. Mais il fallait qu’on soit avec elle.

– Rokiyah Hosen : Le fait d’avoir mal c’est pas forcément à cause de l’angoisse de morcellement. Si elle a mal c’est seulement parce que ça fait mal, c’est tout (rires). C’est douloureux, c’est pas agréable, en fonction de ce qu’elle a mangé, là c’est normal. On va dire que là c’est une angoisse liée à la peur d’avoir mal. Tout le monde pourrait avoir peur d’avoir mal. L’angoisse de morcellement, c’est l’angoisse de voir une partie de soi disparaître !

Natacha Guillaume:Donc là c’est carrément des enfants qui se retiennent de faire caca et qui ne vont pas faire caca finalement?

– Rokiyah Hosen : Peut-être… Ou peut-être qu’ils vont faire, mais ils auront besoin d’être accompagnés. Après l’accompagnement il peut se faire de manière très implicite, c’est-à-dire que le parent il le fait sans même le savoir. Par des jeux de transvasement…

– Natacha Guillaume : Oui ?

– Rokiyah Hosen : Les jeux de transvasements : dedans, dehors…

– Natacha Guillaume : D’accord !

– Rokiyah Hosen : Donc, y’en a qui vont pas la vivre de manière extraordinaire, parce qu’en amont ils ont été accompagnés. Quand je dis « de manière implicite », c’est-à-dire que les parents vont le faire naturellement. Ce sont des parents qui s’occupent de leur enfant, qui connaissent un peu, qui profitent de leur intérêt, ils jouent à ça et ça passe.

Mais je trouve que ce qui est intéressant à relever c’est que les parents qui connaissent cette étape de manière théorique et qui pratiquent l’HNI n’ont pas remarqué de phase particulière !

Natacha Guillaume:Une dernière question de Maëlys : Qui dit « qu’elle est auxiliaire de puériculture et que “l’hygiène naturelle et les couches lavables semblent permettre à l’enfant d’acquérir la propreté plutôt vers 1 an et demi d’après les témoignages autour de moi”. Et elle dit “dans mes études bien souvent la propreté était un processus impliquant des aspects physiologiques (enfant capable de monter les marches une par une) et psychologique complexe «(notion de morceaux de soi) ». Elle s’interroge donc et te demande, Rokiyah, des éclaircissements ». On a déjà un peu répondu à ça…

– Rokiyah Hosen : Exactement ! Il y avait une autre question que tu m’avais posée :

« Pourquoi certains enfants font leurs besoins debout ? »

– Natacha Guillaume : Ah oui !

Rokiyah Hosen : Je pense qu’une fois que la verticalité est découverte, pour un enfant, c’est un nouveau monde à sa portée ! Il y a beaucoup à voir, beaucoup à faire. Peut-être aussi que dans notre société, être assis est souvent associé à une contrainte : « tu dois rester assis pour manger !’, et « quand tu es assis, tu es calme! », on va dire que ça pourrait un peu cacher une forme de punition, ou autre. En tout cas, c’est rarement associé à une position de plaisir, être assis. Je pense, je ne sais pas encore, pourquoi pas, je n’ai pas encore eu beaucoup de témoignages sur cet aspect-là mais, un enfant qui apprécie d’être assis, et qu’il assimile à des temps de détente, mais aussi d’explorations, hein, des temps de jeu, il ne cherchera pas nécessairement à fuir cette position. Alors que debout, il va vite, il peut repartir. Il fait pipi, il se rhabille, et hop ! Il court ! Tu vois les enfants qui sont debout tout le temps, ils sont jamais assis quand tu compares avec ceux-là ! Alors qu’un enfant qui aime être assis, parce qu’on lui a fait comprendre que c’est un moment agréable aussi, je pense pas qu’il aura forcément besoin de fuir cette position. Un peu comme les enfants qu’on va forcer et contraindre à s’asseoir sur le pot. Avec tous les témoignages qu’on peut avoir grâce au groupe Facebook, par exemple, on voit que les parents qui pratiquent l’HNI sont vraiment à l’écoute de leur enfant. Quand on leur propose le pot et qu’on pense bien-sûr que c’est le bon moment et qu’on se trompe pas et qu’on voit que l’enfant refuse on n’insiste pas. C’est ce que je ressens dans les témoignages de parents qui font l’HNI. On n’insiste pas et puis tant pis, il fera pipi par terre… On ne rend pas cette tâche-là désagréable.

– Natacha Guillaume : Oui, ce n’est pas une tâche…

– Rokiyah Hosen : Oui, tu vois ! Alors que quand on est dans l’apprentissage classique, c’est un petit peu le cas…

– Natacha Guillaume : Oui, tout-à-fait !

– Rokiyah Hosen : Malgré la bonne volonté, on ne sait pas faire autrement !

– Natacha Guillaume : C’est exactement ça !

– Rokiyah Hosen : On n’a pas eu cette connexion avec l’enfant. Je suis sûre que même l’enfant il ne sait pas quand il veut faire pipi, il connaît même pas ses niveaux de besoin (rires) comme je les ai évoqués tout à l’heure ! Alors qu’un enfant HNI, il les connaît, il sait que « là c’est niveau 1, laisse-moi tranquille, maman ! Je peux encore attendre !» (rires) Après niveau 2 il peut arriver vite ! Il a quand même une connaissance de son corps qui est autre et on ne le contraint pas. En tout cas c’est ce que je vois et je trouve ça très chouette !

Natacha Guillaume:Et bien tu vois j’avais jamais fait le rapprochement du fait que la position assise soit souvent une position de contrainte, entre guillemets. Mais, moi ma fille elle n’a pas spécialement voulu faire caca mais pipi plein de fois. Même maintenant elle aime bien faire pipi debout dans la douche.

– Rokiyah Hosen : Après, pour rester dans la position physiologique, parce que ça peut arriver pour tout le monde, c’est aussi important d’apprendre à s’accroupir, même dans la douche !

Natacha Guillaume:A un moment donné elle est passé vers le pot, elle a commencé à utiliser le pot et elle était continente en fait. Donc, elle a été continente à 23 mois c’est juste avant qu’elle a utilisé le pot et ce sont les seuls moments où elle s’est mise accroupie sinon avant je la portais et jusqu’à 9 mois environ là elle est rentrée dans la grève du pot, et pendant la grève du pot, quand elle disait « oui » à nos suggestions, c’était pour faire pipi debout dans la douche. Et on va dire que pendant 10 mois elle a fait pipi debout mais avant ça je la portais et après ça elle faisait pipi accroupie, voilà. Mais il y a des fois où quand elle prend son bain et qu’elle me dit « je veux faire pipi”, bon et bien je la sors du bain et je la mets dans la douche et elle fait pipi debout dans la douche, elle ne se met pas accroupie. Par contre si elle est dehors et qu’elle veut faire pipi dans l’herbe, là elle va se mettre accroupie.

Elle a acquis le fait de faire pipi accroupie tout seule.

Moi ça me dérangeait pas spécialement qu’elle fasse pipi debout mais j’entends tout-à-fait ce que tu dis et c’est vrai que c’est important.

– Rokiyah Hosen : C’est vraiment pour avoir une bonne hygiène, pour que les mictions s’écoulent complètement et que l’on vide la vessie. Cest quelque chose qu’on ne connaît pas, donc si on peut apporter cette connaissance à nos enfants, leur éviter des contraintes une fois qu’ils seront adultes, des cystites etc… et qu’ils aient conscience que ce soit un bon réflexe, moi j’appellerai pas ça un temps de dressage mais c’est pour apporter une bonne connaissance de son corps. Ca n’empêchera pas de faire pipi debout quand on n’aura pas le choix mais de savoir que c’est ce qu’il y a de mieux, en tout cas pour elle.

Natacha Guillaume:Cela me fait penser à une dernière question s’il te plaît Rokiyah.

Àune époque ma fille voulait toujours faire pipi debout et donc pour nous éviter pas mal de déshabillages/rhabillages, on s’était intéressés au fait qu’il existe des GoGirls des petits entonnoirs que l’on place sur le pubis, on se relâche, on fait pipi et l’urine va dans l’entonnoir ce qui fait qu’on a comme un pénis, on va faire pipi en jet et loin de soi. C’est vendu soit aux femmes enceintessoit pour les femmes qui auraient envie de faire pipi à un endroit où ce n’est pastrop possible de s’accroupir pour X ou Y raison, et qui ont des envies fréquentes d’uriner.

– Rokiyah Hosen : Je pense que ça peut être des solutions provisoires, pour répondre à un besoin du moment, pourquoi pas.

Je ne suis pas contre, à partir du moment où la base est acquise, prendre la bonne position etc. après ça reste toujours des exceptions ! Je comprends, je vois les situations que tu peux évoquer. L’important c’est de savoir pourquoi on le fait, à ce moment-là cet accessoire était là pour nous épauler et pour répondre à un besoin.

– Natacha Guillaume: Oui donc ça doit vraiment être dû temporaire.

Il ne fautpas qu’on prenne l’habitude de faire pipi debout.

– Rokiyah Hosen : Non, dans l’éducation à la santé, tout ce qui est préventif, pour après, c’est le mieux, puisque ce n’est pas en position debout qu’on relâche ses sphincters.

– Natacha Guillaume: Ettu sais ça me fait penser à quelque chose que j’ai mis en place pour ma fille à un moment donné. Ma sage-femmeavec laquelle j’ai accouché naturellement m’a dit que quelque temps avant l’accouchement (j’étais au sixième mois) « Pendant que tu prends ta douche le matin pense à te mettre accroupie ». Et en fait c’est quelque chose que j’ai continuéde faire maintenant, et j’avoue que je prends régulièrement ma douche accroupie. Depuis j’ai gardé cettehabitude. Au début ça a été dur parce que j’avais mal aux genoux quand même.

C’est vraique j’avais le ventre, voilà et j’essayais d’écarter les jambes, je tombais un peu en arrière. Mais franchement ça m’a vachement aidé pour l’accouchement et pour un tas d’autres chosesdans ma vie et je trouve ça bien.

Bon et bien merci beaucoup Rokiyah d’avoir réponduà mes questions! Je te dis à bientôt! (rires)

Rokiyah Hosen: A très bientôt Natacha!

– Natacha Guillaume: Merci à bientôt, au revoir !

Natacha

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2 thoughts on “L’avis d’une psychomotricienne sur l’HNI – podcast”

  1. charlene dit :

    Bonjour,
    sous qu elle titre je peux retrouver ce podcast direct sur mon tel? désole je suis débutante en podcast…

    1. Natacha Guillaume dit :

      Bonjour Charlène,
      j’ai répondu à votre message sur Instagram 🙂
      Merci,
      Natacha

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